Le tricentenaire de la mort de Vauban est l’occasion pour de nombreuses villes, communes, collectivités locales, opérateurs touristiques de France mais aussi d’Allemagne, du Luxembourg, d’Italie, d’Espagne et bien sur de Belgique, de mettre à l’honneur le célèbre poliorcète de Louis XIV. La Fédération Touristique de la Province de Namur a eu la bonne idée de créer un circuit touristique GPS, technologie moderne oblige, reliant les forteresses de ladite province auprès desquelles Vauban est intervenu, le circuit effectuant toutefois une incursion en Ardenne française.
La rédaction de la brochure accompagnant ce circuit touristique a été confiée à l’asbl Les Amis de la citadelle de Namur. Cette association agissant pour la défense et la promotion du site de la citadelle de Namur est spécialisée dans la rédaction et la publication de monographies ayant principalement pour thème l’histoire militaire namuroise. Cette association fête cette année son 25e anniversaire et a apporté son soutien à plusieurs manifestations sur la thématique de Vauban : conseiller scientifique pour la publication et l’exposition itinérante « Vauban entre Sambre et Meuse 1707-2007 », rédaction de la brochure faisant l’objet de la présente conférence de presse, organisation de visite au fort Balart dans le cadre des Journées du Patrimoine, rédaction et publication critique de la relation de Vauban du siège de Namur de 1692… On pourrait également ajouter les interventions personnelles sur le thème de chacun des membres du conseil d’administration et plus spécialement du président, Philippe Bragard, professeur à l’UCL et expert ICOMOS (Unesco),
Vauban a réalisé des projets pour 25 places et forts situés sur le territoire de l’actuelle Belgique dont 14 seront réalisés. La province de Namur en compte trois : Namur, Dinant et Philippeville où des témoins de l’intervention de l’ingénieur sont encore visibles.
NAMUR Place forte au croisement de cours d’eau et de routes importantes, Namur est fortifiée « à la moderne » depuis 1540. Vauban dirige les opérations du siège de la place forte en mai et juin 1692. Après la prise, il élabore un ambitieux projet de réparations et de nouveaux travaux de fortifications : forts détachés sur les hauteurs Nord, enceinte bastionnée autour du faubourg de Jambes, forts détachés en avant de la citadelle, magasins, casernes et galeries de contre-mines en souterrain à la citadelle ; casernes supplémentaires, hôpital militaire et arsenal en ville. La reprise de la cité mosane par les armées Alliées en 1695 stoppe les travaux qui seront repris avec des variantes par son alter ego hollandais Menno van Coehoorn (1641-1704). Vauban revient à Namur en 1703, où il y apprend son élévation à la dignité de maréchal de France. Il élabore un second projet d’aménagement des fortifications namuroises qu’il juge toujours insuffisantes, mais celui-ci ne sera pas réalisé.
PHILIPPEVILLE Ville neuve, édifiée en 1555 par Charles-Quint, sur la route des armées françaises, Philippeville doit son enceinte pentagonale à cinq bastions, sa trame urbaine radio concentrique et sa vaste place d’armes, à l’ingénieur Sébastien van Noyen. Française en 1659, elle est intégrée au pré carré. Vauban y intervient en 1671 et 1696 pour renforcer le dispositif défensif. L’ingénieur Filley dirige les travaux sur place : les bastions sont rehaussés et retranchés à la gorge, les courtines renforcées, des casernes et magasins à poudre sont construits, tout en conservant le tracé original. La place est dotée d’un vaste réseau de galeries souterraines, les contre-mines, permettant aussi la communication avec les postes avancés.
DINANT En 1466, Charles le Téméraire incendie la ville de Dinant et rase le vieux château qui depuis le XIe siècle la surplombe. Reconstruit au xvie par le prince-évêque de Liège, Louis XIV s’en empare en 1675 ! Dinant doit alors tenir sa place dans le pré carré : dès 1680, sur les conseils de Vauban, un « château-neuf » est érigé dans le prolongement du vieux château et l’enceinte urbaine est renforcée. En 1691, le plateau de Malaise est fortifié et en 1692 une redoute est érigée sur le plateau d’Herbuchenne. Mais en juillet, Louis XIV s’empare de Namur, et Dinant perd son intérêt stratégique. En 1697, le traité de Rijswick impose le retour à la principauté de Liège, dans l’état où la cité se trouvait en 1675 ! S’ensuit la démolition de tous les ouvrages construits par les Français. Ne subsistent aujourd’hui que quelques galeries et pans de murs…
MARIEMBOURG Il était opportun d’inclure Mariembourg dans le circuit dans la mesure où Vauban s’y est intéressé pour relever l’inefficacité de cette place pourtant située en bonne position sur la frontière. Il y vient 1674 et sa condamnation est sans appel : « Mariembourg est un trou très imparfait qui a je ne sais combien de défauts, que l’ennemi prendra toujours facilement et à coup sûr toutes les fois qu’il sera maître de la campagne ». Il fait donc démanteler l’enceinte. Mais pour la sécurité de la ville et pour le contrôle de la trouée entre Fagnes et Thiérache, la démolition reste partielle.
ROCROI La place-forte de Rocroi, fortifiée en 1554, fait partie du même ensemble de place de la Renaissance que Mariembourg (1546) et Philipeville (1555). Là aussi Vauban intervient à trois reprises à partir de 1671 et la dote notamment d’un remarquable ensemble de bâtiments militaires dont il subsiste trois magasins à poudre, l’hôpital militaire devenu « résidence Vauban », deux corps de garde, l’écurie du gouverneur, un pavillon d’officiers, un magasin d’artillerie et un long corps de casernes d’infanterie. Il fait aussi établir un chemin couvert à traverses dont il ne reste que quelques vestiges.
GIVET-CHARLEMONT En 1555, l’empereur Charles-Quint, en lutte contre la France, fait édifier, le fort de Charlemont. Le traité de Nimègue, qui met fin à la guerre de Hollande (1672-1678), donne Givet à Louis XIV. Vauban s’attache à renforcer la capacité militaire de la place forte. Sans toucher au fort espagnol (partie visible dominant la ville), il lui adjoint, au nord, un nouveau fort : le fort Condé. Sur la rive droite de la Meuse, il fait creuser au sommet du mont d’Haurs, dominant Charlemont, un camp retranché (derrière la tour Grégoire). Vauban veut aussi renforcer les défenses urbaines. Mais seule la muraille de Givet Notre-Dame (rive droite) est édifiée. Au nord, au bord de la Houille, la porte Charbonnière et au sud la porte de Rancennes permettent l’entrée dans le bourg. Le reste de Givet garde ses murailles espagnoles. Sur la rive gauche, au pied du fort, Vauban construit « la plus longue caserne de France », la caserne Rougé qui s’étendait sur 500 mètres le long du fleuve. |