LES PANORAMAS

Nous connaissons de longue date l’intérêt de Jacky Marchal pour les cartes postales et les photographies anciennes de Namur et de la vie militaire en général. On sait aussi combien son attachement au patrimoine est avéré, tant par ses écrits que par sa participation active aux travaux de la Commission Royale des Monuments, Sites et Fouilles. Il nous propose ici un sujet nouveau, largement inexploité par les historiens, à la croisée entre la représentation de paysages et de scènes militaires, et le patrimoine monumental que constituent les bâtiments édifiés pour recevoir ces images.
Les panoramas, genre artistique né au début du XIXe siècle dans la foulée des bouleversements de toutes sortes de la fin du siècle précédent, participent à la mise en scène distanciée de la réalité, une réalité difficile à percevoir naturellement. L’homme veut tout voir en même temps, il veut embrasser d’un seul coup d’œil un paysage, une ville, une bataille. La vision est panoramique, le mot le dit, tout est rassemblé en un seul lieu.
Ce n’est pas un hasard si ce genre de figuration se développe au siècle de la photographie. Ce n’est pas un hasard non plus si la majorité de ces œuvres mettent en scène une bataille, un fait d’armes, soit relatif au passé, soit commémorant une victoire récente. Dans les deux cas, cela se situe dans le contexte des nationalismes montants, autre caractéristique du siècle de l’industrie. Il n’y aura réellement que le cinéma et ses actualités qui dépasseront les possibilités d’émerveillement et de spectaculaire offerts par les panoramas. Mais leur heure n’est pas révolue, comme en témoignent les créations récentes en Allemagne notamment. Et ne faut-il pas y ajouter l’attraction fort proche présentée à Disneyland-Paris : un voyage dans le temps sous forme d’un film, vu depuis les yeux artificiels d’un robot et projeté sur un écran circulaire sur 360 degrés ?
Même si on constate que sur les 67 panoramas existant encore aujourd’hui, seuls 23 sont visibles, même si en Belgique seul celui de Waterloo accueille encore des visiteurs, ces mises en scène peintes et sculptées, disposées dans des bâtiments construits spécialement, sont révélatrices d’une culture et témoignent à leur façon d’une perception patrimoniale. Le soin apporté par les Suisses à restaurer et exposer le superbe panorama de la bataille de Morat (1476), haut lieu fondateur de l’identité helvétique, exprime l’intérêt que le genre suscite toujours1.
Les panoramas participent à l’image du monde et à sa perception indirecte. Pour paraphraser le surréaliste René Magritte et comme l’écrivait Hélène Puisieux, « ceci n’est pas une guerre » mais sa représentation2. A l’heure de l’informatique, du réseau Internet et des mondes virtuels, ceci est loin d’être démodé.
L’étude faite par Jacky Marchal nous révèle un genre artistique bien présent, à découvrir ou à redécouvrir.
1. Le panorama de la bataille de Morat. Das Panorama der Murtenschlacht, Fribourg, 2002.
2. H. PUISIEUX, Les figures de la guerre. Représentations et sensibilités 1839-1996, collection Le temps des images, Paris, Gallimard, 1997.
LES PANORAMAS. Jacky MARCHAL. 48 pages, 21 x 27 cm, 111 illustrations noir et blanc. Éditions Les Amis de la Citadelle de Namur, Namur, 2005.
7 € + frais de port (Belgique 3€ - CEE 4 € - reste du monde 5€) à verser au compte 000-0067839-36 ouvert au nom de l’asbl Les Amis de la Citadelle de Namur, Route Merveilleuse, 8 - 5000 Namur (De l’étranger : IBAN : BE46 0000 0678 3936 - BIC : BPOTBEB1 - Banque de La Poste - 1000 Bruxelles) en indiquant le titre de l'ouvrage et l'adresse complète de livraison en communication. Votre commande vous parviendra dans les trois semaines à dater de la réception du payement.